Les origines du poker : les cartes

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Les plus anciennes cartes à jouer connues sont d’origine chinoise et sont apparues durant la Dynastie Tang (618-907).

Il est probable que les précurseurs directs des cartes européennes aient atteint l’Europe par l’intermédiaire des Mamelouks d’Egypte à la fin du XIVème siècle, sous une forme très proche de celle connue aujourd’hui. Ces jeux contenaient 52 cartes divisées en quatre séries : les bâtons de polo, les pièces, les épées et les coupes. Chaque série contenait dix cartes de points et trois honneurs qui portaient les noms de malik (Roi), nā’ib malik (Vice-Roy), et thānī nā’ib (Second). Les premiers joueurs créaient leurs cartes avec différents matériaux comme du tissu, du papier épais ou encore du cuir, et y dessinaient ensuite les figures avec de l’encre, ou avec des pochoirs.

Le véritable essor des cartes à jouer est liés à la découverte de l’imprimerie par Gutenberg vers la moitié du XVème siècle, qui a permis une diffusion rapide et à grande échelle. Au départ, le carton utilisé était d’assez mauvaise qualité. Les cartes, imprimées que d’un côté, étaient non « tarotées » ce qui veut dire que le dos des cartes ne portait pas de motif identique pour toutes les cartes du jeu, et que leurs coins n’étaient pas arrondis. Cela rendait la tâche facile aux tricheurs qui pouvaient marquer les cartes astucieusement et ainsi savoir quelle cartes possédaient leurs adversaires. Les Américains innovèrent de ce côté-là  en y imprimant des publicités pour promouvoir toutes sortes de choses (idées, modes, idéologies, services, paysages célèbres…) mais peu à peu, des gravures abstraites les remplacèrent. Les publicités tendent de nouveau à apparaître.

De nombreuses recherches historiques affirment que les quatre couleurs Pique, Cœur, Carreau et Trèfle ont été inventées par les Français et banalisées à travers l’Europe à partir de 1480. La situation géographique centrale de la France, la qualité et l’abondance de son papier et sa démographie en pleine reconstitution expliquent certainement l’essor spectaculaire de la production de cartes à jouer dans notre pays.
Aux XVIème et XVIIème siècles, la France devint ainsi le « grenier à cartes de l’Europe ». Ce fut essentiellement l’œuvre des deux principales cités marchandes du royaume, Rouen et Lyon. Grâce à ses débouchés maritimes, Rouen inonde la façade atlantique, de la Scandinavie au Portugal, en passant par les Pays-Bas, devenant en outre le fournisseur exclusif des îles britanniques, pendant que Lyon s’approprie le duché de Savoie et le nord de l’Italie, les cantons suisses, la Lorraine et une grande partie de l’Allemagne. Il en est resté des traces : les Anglais et les Américains, et au-delà d’eux une grande partie de la planète, n’utilisent pas autre chose qu’un modèle né à Rouen au tout début du XVIe siècle !
Napoléon Ier décida de mettre un terme à la diversité des portraits régionaux français (chaque région avait des jeu différents) et d’imposer un « moule uniforme », c’est-à-dire un même dessin « dans toute l’étendue de notre empire ». Confié au peintre David, ce nouveau jeu de cartes fut rejeté par les joueurs que ses audaces graphiques gênaient. Il fallut attendre 1813, et deux autres essais, pour qu’un modèle définitif soit adopté : il s’agissait d’une réfection néo-classique du vieux « portrait de Paris ». C’est le type de cartes que l’on continue d’utiliser en France. Ce portrait officiel fut produit par l’Imprimerie impériale – devenue depuis nationale – qui livrait aux cartiers des feuilles de vingt-quatre figures en noir sur du papier filigrané. Il ne restait plus qu’à colorier, à contrecoller, à découper et à emballer. La méthode permettait de contrôler étroitement les quantités fabriquées et, partant, le produit de l’impôt, car les cartes à jouer ont été un produit rapidement taxé par la puissance publique, ce qui a contribué au développement de notre pays. Les marques fiscales – timbres, légendes, paraphes, bandes de contrôle, etc. – sont aujourd’hui des repères utiles pour dater un jeu de cartes. Les collectionneurs et les historiens sont friands de ces signes parlants et riches d’informations, car l’importante production française a laissé des traces dans les archives et les musées.
C’est en 1858 que Baptiste-Paul Grimaud introduit en France les coins arrondis, pour éviter qu’ils ne s’effritent. GRIMAUD est toujours aujourd’hui un grand fabricant français de cartes à jouer.

Depuis lors, les cartes à jouer ont donné lieu à de multiples recherches portant sur l’évolution de leurs figures. sur les procédés de fabrication (particulièrement prolifiques au XIXe siècle), sur les manières de jouer ou sur les artisans qui les produisaient. Des musées thématiques sont nés, en Allemagne, en Belgique, en Espagne et aux États-Unis. La France a désormais le sien, sis à Issy-les-Moulineaux.

 

BIBLIOGRAPHIE ESSENTIELLE

  • D’ALLEMAGNE, Henri-René. Les cartes à jouer du XIVe au XXe siècle. Paris, Hachette, 1906. 2 vol. Reprint : Bologne, Arnaldo Forni, 1975.
  • HARGRAVE, Catherine Perry. A history of playing cards and a bibliography of cards and gaming. New York, 1930. Reprint : New York, Dover, 1966.
  • HOFFMANN, Detlef. Le monde de la carte à jouer. Leipzig, 1972.
  • VERAME, Jean. Les merveilleuses cartes à jouer du XIXe siècle. Paris, Nathan, 1989.