POKER OU TENNIS ??

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     Si nous avions dédié ce papier aux impôts, nous aurions pu l’intituler : Raquette ou racket?

     La prochaine fois, d’accord? Bien, depuis que je joue au poker, je ne cesse d’entendre des comparaisons entre ces 2 « sports ». Certains intéressants, d’autres moins. Comme je joue au tennis depuis mes 14 ans et au poker depuis mon 50° anniversaire, je me suis intéressé à tous ces commentaires. Et ces jacasseries continuent d’aller bon train et  d’alimenter le circuit  en palabres style « café du commerce ». Il y a toujours quelque chose de bon à glaner dans  ces babillages. C’est pourquoi ce soir, je sors mon vieux carnet et j’ai décidé de rassembler le tout sous forme de vade mecum. Voilà 6 mois que je tends l’oreille pour recopier une phrase de temps à autres, écouter ce que disent ces oiseaux rares (joueurs de poker en tous genres) qui craquettent, glottorent ou zinzinulent de jour comme de nuit. Voici un recueil des différences et des points communs de ces 2 « arts martiaux ».

– L’arme de Borg est une balle ronde de 6.35 mm minimum à 6.66 mm maximum de diamètre: son poids est situé entre 56.70 et 58.50 grammes…………………………………………………………..      – L’arme de Jésus, est un carton de dimension peu imposante: 53 x 88 mm généralement. Grammage, 175 g/m2 (épaisseur) le plus souvent: mais notons que cela peut varier en fonction de la qualité du papier et/ou du vernissage.

–  Coups fatals au tennis: un ace, qui est par définition un coup imparable. Si l’adversaire touche la balle, c’un coup gagnant. Un contre-pied : définitif voire en attente du coup de grâce…………. –  Coups fatals au poker : AA servi. Gros avantage mais pas définitif. Paire servie transformée en brelan au flop: très gros avantage mais pas définitif. Carré flopé: gigantesque avantage mais pas gagné d’office. Quinre flush flopée; attention à la QF supérieure, sinon royale, qui elle est la reine des mains.

– Concentration au tennis : maximum. Seuls quelques phénomènes ont puisé leur inspiration dans leur ire (cf John Mac Enroe).                                                                                                                            – Concentration au poker : maximum. Seuls quelques joueurs pratiquent le trash talking, voire la parlotte-pêche aux infos (D. Negreanu et surtout SCOTTY N’GUYEN EN 98 WSP).

– Les avantages au tennis : être au service, ce qui sous entend un engagement à plus de 200 km/h donc un retour pénible qui est suivi, en général, d’un coup gagnant………………………………..   – Les avantages au poker : être au bouton : seulement pour les pros ou les bons joueurs pré-flop, avantage non négligeable en terme de lecture pour leurs adversaires.

– Les différences fondamentales du tennis : sport très physique, peut se jouer en tête à tête, le simple, ou en double (mixte, homme ou femmes). En jeu simple ou en tournois……………………..  – Les différences fondamentales au poker : peut se joueur assis, le Cash Game est le simple (tête à tête ou Head up). Le short handed, à 3,4,5,ou 6 et  jusqu’à 9 ou 10 personnes en full ring. La mixité est acquise depuis longtemps. Quelques sites proposent des tournois réservés au femmes. L’inverse n’existe pas… Le tournoi (MTT) est pratiqué de plus en plus dans le monde entier…. * Très important : le tennis est basé sur le handicap. Celui-ci est calculé à partir du classement 0 (très bon classement) Un joueur classé +15/3  se verra avantagé de 15 points,  3 jeux sur les 6 que comprend chaque set par rapport à un joueur classé 0. Au poker, si canard777  tombe sur Phill Ivey, pas de pitié pour le canard …..PAN !

– L’argent au tennis : pas possible de faire un deal et de partager les lots. Imaginons 5 minutes la reine d’Angleterre à Wimbledon, privée de son dernier match… MY GOD.                                             – L’argent au poker : deal possible, surtout on line sur certains sites. Guère envisageable aux WPT…

– La chance au tennis : oui, elle peut intervenir (bande du filet, border line, let, etc…) mais elle n’est pas prépondérante……………………………………………………………………………………………….  – La chance au poker : tout comme la malchance, elle fait la pluie et le beau temps, crée la variance, les bad & good runs, les bad beats….Très souvent!                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      – Les champions au tennis : ils durent et perdurent : les 5 épreuves (plusieurs années de suite) du grand chelem; Nastase, Borg, Lendl, Mac Enroe, etc…Federer ou Nadal. Le facteur chance est peu présent. Toutefois, il existe : bande du filet, border lines, let…..Age requis au tennis : de 18 à 39 ans. De plus, pré-sélection sévère des participants aux tournois……………………………..  – Les champions de poker : ils duraient… Brunson, Helmuth etc… Ils durent beaucoup moins longtemps et ne gagnent pas 5 fois de suite 3 ou 4  épreuves majeures du circuit ATP. Chance, oui, mais aussi multiplication des joueurs et du style de jeu; ouverture de ces grands tournois via satellites, mélange d’amateurs, de novices et de seniors de 75 ans et plus, tournois de 800 personnes et plus. Petit aparté sur la façon dont les joueurs abordent les satellites. On devrait les appeler Spoutniks, car vraiment, c’est la roulette russe! 

– L’âge au tennis : les jeunes commencent de plus en plus tôt, mais pour leur bien, ils ne peuvent commencer trop tôt, sous peine de nouer leurs muscles et d’amoindrir leur croissance……..   – l’âge au poker : indifférent, comme aux échecs, au piano…Des génies dès l’âge de 4 ans!!!

– L’argent au tennis : d’une manière générale, quelles que soit les sommes gagnées, il est plus aisé de finir riche pour un sportif de haut niveau que pour un joueur de poker. Le tennisman a devant lui une dizaine d’années pour se faire un nom et un pactole. Et il n’est pas forcément mal conseillé………………………………………………………………………………………………………………..      – L’argent au poker : l’argent est à la fois la raquette et la balle du joueur. C’est son outil de travail. De même qu’il ne faut pas confondre chiffre d’affaires et bénéfices dans le commerce,  il ne faut surtout pas confondre bankroll et argent de poche. De plus, le joueur peut être, sage ou flambeur. Philosophe ou risque tout. Les nouveaux talents sauront-ils d’adapter?

– Le mental au poker : le TILT, c’est le tennis elbow du poker. Le match est fini. Sauf joueur exceptionnel. Quand on le sent, il est souvent trop tard…………………………………………………….    – Le mental au tennis : perdre son service d’entrée de match, c’est lourd à gérer, mais ce n’est pas rédhibitoire. Perdre 2 set de suite, c’est s’attaquer à une montagne. Mais pas perdu.

Une différence fondamentale? Oui …Boris Becker pourrait entamer une seconde carrière comme pro du poker…. Doyle Brunson ne pourra jamais faire l’inverse !!! Nous aurions pu continuer de comparer ces deux « sports »  sur les thèmes suivants : pression, alcool, tabac, spectateurs, stratégie ou tactique, psychologie, bluff, handicaps ou pression…autant de sujet qu’il est inutile d’aborder. Je crois que nous avons démontré que finalement, il n’y a pas trop de similitudes entre ces deux disciplines. Néanmoins, nous continuerons d’entendre les lieux communs et poncifs suivants : « j’arrête le tennis, c’est devenu trop violent : je me mets au golf ». Cela, c’est bien réel: c’est le chemin logique du vétéran vers un sport disons…plus contemplatif! Bien sûr, j’ai constaté une dérive du cash game vers les MTT et du No Limit vers le Omaha.                                                                                                                        

Reste à savoir, concernant notre passion pour le poker si beaucoup de nos joueurs diront : j’arrête le poker, je me mets à la belote. J’en doute.

JLB, agitateur depuis 1954