Une partie de poker gagnée en 12 jours.

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Un savant mélange entre Metternich, père de la diplomatie et Von Clausewitz, grand stratège et théoricien prussien auteur de l’essai inachevé « De la guerre ». Chaque homme politique, militaire ou philosophe du XIX° siècle voire du XX° siècle a lu au moins une fois cet Essai! Il en reste aujourd’hui quelque chose, ne serait-ce que cette phrase galvaudée de nos jours : « La guerre est la continuation de la politique avec d’autres moyens ». Je ne vais pas vous en coller une tartine, car nous sommes ici pour parler de poker bien sûr! En revanche, ce petit article du dimanche, va contribuer à nous détendre avant les gros tournois du soir (ou après en être sortis gagnants ou …., bref!).  Je vais juste vous citer un exemple historique, un seul, pour vous prouver que le poker n’est rien moins que de la diplomatie, une main de fer dans un gant (ou sourire) de velours, une certaine force de dissuasion (quelques barrels), voire enfin une guerre totale, le all in.

CRISE DES MISSILES DE CUBA. DU 16 AU 28 OCTOBRE 1962. ENJEU : LA PAIX OU LA GUERRE MONDIALE. Rappel succinct des faits: Fidel Castro arrive au pouvoir en 58, les USA reconnaissent la souveraineté de l’Etat cubain. Cuba est soutenu par l’URSS qui voit en cet îlot un autre intérêt que les cigares chers à Philippe Ktorza.. La proximité de la Floride, donc des états unis. Résultat, une flotille de « chalutiers russes » battant pavillon panaméen ou autre, se dirige sur Cuba pour y mettre la touche finale. A noter que déjà, les photos satellites ont démontré l’existence matérielle de silos sur le territoire cubain. PROBLEME. Autoriser les débarquement de ces missiles c’est mettre les USA à portée des missiles courte portée soviétiques, donc être sous le feu permanent d’un régime (à l’époque) extrêmement belliqueux. Aussi inacceptable qu’une opération militaire contre la flotille de matériel battant pavillons neutres.

Rappelons-nous que Cuba est stacké par l’URSS. Les USA jouent avec leur propre argent. Distribution des cartes. Castro se retrouve en HU contre le favori, J Kennedy. Fidel a le vent en poupe: première carte : son statut de président a été reconnu, Batista est exilé, il vient de mettre en place une réforme agraire. Seconde carte, Khrouchtchev  lui a installé des rampes de lancement intra-insulaires, et apparemment, les américains n’y ont vu que du feu! Kennedy à son tour regarde ses cartes! Une photo-satellite des rampes de lancement cubaines en première carte, la seconde, une flottille russe navigue en plein Atlantique qui livre les missiles courte et moyenne portée. Problème : diplomatie ou coup de semonce? Check-check. Une téléphone rouge est installé entre les 2 hommes. Le croupier est exclu des débats. Flop: 3 cartes diplomatiques : JFK convoque l’ambassadeur russe, JFK envoie en secret un plénipotentiaire à l’ambassade de Russie, JFK s’adresse à Khrouchtchev par l’intermédiaire de l’ONU.

Turn. Fidel Castro joue le time. JFK n’a pas le temps. La flotte russe arrive à portée des eaux territoriales cubaines. Il faut agir. JFK envoie un premier barrel (chargeur en français). Mobilisation de classe B + marine de guerre officiellement en manoeuvre aux alentours de l’île de Cuba. Nikita K renvoie un 4bets lourd. Mobilisation générale et aux frontières, et réception d’une lettre de Castro qui officiellement soutient la thèse de la guerre. Du lourd. Kennedy considère cette action comme un semi-bluff et n’exclue toujours pas la paix via action concertée entre les 2 Grands. JFK suit la relance…

 River. Castro sait que les généraux russes et soviétiques ne désirent qu’une chose, c’est en découdre. Ils sont resté sur leur faim à Berlin, les uns voulant rouler jusqu’à Moscou, les autres faire du rêve Eurasien une réalité! de la Sibérie à Brest en Bretagne!!! Castro envoie la moitié du pot. Kennedy, fin stratège, considère qu’il a encore de la marge et surtout de la fold equity pour le rouleur de Havanes. Il décroche son téléphone rouge car le vrai patron n’est pas Fidel Castro, il le sait parfaitement, et restera en ligne jusqu’à la fin. JFK envoie son tapis. Castro est pâle, mais ne peut pas suivre. Ni seul ni sans ordres. Il demande le time. Dans son tapis, JFK a envoyé quelques destroyers, croiseurs et porte-avions. La flottille de chalutiers russes encaissent en 15 minutes; un ordre direct des américains de faire demi-tour, un obus de 450mm à 80 mètres devant la proue du ship-leader (je n’ai pas dit chip leader), 2 obus de 105mm à babord et à tribord du plus gros navire de munition… MESSAGE CLAIR…PROCHAIN TIR DANS LE MILLE…ON NE BLUFFE PAS…

TIME : les règles du poker se réappliquent, il faut jouer monsieur Castro. Il est certain qu’entre des navires de guerre dernière génération et la « vieille pompe » du camarade Khrouchtchev brandie à la tribune (cf photo), il y a tout un monde. Fidel se couche. Il a fait un poker de télé réalité mais n’en a jamais compris les règles, édictées comme d’habitudes par les Grands de ce monde. Les contreparties obtenues par les russes sont relativement minimes mais permettent à la diplomatie de garder la tête haute. L’art de la guerre, la stratégie du bluff ont encore une fois joué dans ce bras de fer.

« D’accord monsieur le président nous sommes prêts à négocier » Point culminent de la guerre froide, puis détente, perestroika etc… Alors, mesdames et messieurs les joueurs de poker, ce jeu, la diplomatie et l’art de la guerre, vous constaterez tout de même que tout cela est bien imbriqué, non?

Au fait, pourquoi les deux vrais joueurs, les 2 K comme on les appelait, n’ont-ils cessé de se parler lors de ce head up final? Si vous le désirez, je peux vous le confier sous le sceau de secret s’entend… Même mes plus éminents confrères ne sont pas au fait de ce scoop! En fait, le PAYOUT ne leur convenait pas, et ils ont négocié ce dernier à grand renfort de Havanes. Vous comprenez maintenant l’intérêt et l’engouement de Philippe pour les bons cigares et les payout? Alors avec lui, parlons maintenant des 3 K