Poker et performance: la réussite transforme-elle en « connard prétentieux »?

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 « Les arrogants ne font rien d’autre que d’édifier des châteaux où ils cachent leurs craintes et leurs doutes. »

 

 

Le titre de l’article peut paraître agressif, mais c’est un site ami qui se posait la question il y a quelques semaines, et qui permettait d’évaluer son propre niveau de « connard prétentieux » qui m’a inspiré cet article. Je dis souvent à mes amis joueurs ou à mes confrères journalistes, que tout homme qui ne pense plus de lui même qu’il est le meilleur dans ce qu’il fait, sera demain battu par son voisin même si celui-ci est moins bon que le premier. En clair il est toujours positif de croire en ses capacités pour progresser, avancer et « perfer ».

Et pourtant il existe bien dans le poker un effet opposé à celui-là:

c’est la vraie prétention mal placée, la vraie imbécillité, et la vraie envie que parfois, nous, journalistes poker, nous aurions de vouloir transformer notre appareil photo en « arme à feu » ou de transformer le joueur arrogant en « américain » version belge, une sorte de tartare de viande mixée avec de la sauce qui comme pour la fricadelle garderait le secret de sa fabrication.

Je classerai l’arrogant ou le pédant en trois grandes catégories, même si le fait de juger et de classer montre déjà une certaine arrogance, contre laquelle je chercherai à lutter; mais il faut bien faire preuve parfois de mauvaises foi pour avancer.

Les catégories seraient celles-cis:

– l’arrogant bête et stupide, qui ne sait même pas que ses chaussures ont un QI plus important que le sien, et que son poker est digne d’un niveau « Poker pour les Nuls » sous Temesta

– l’arrogant, qui car il est médiatisé ou sponsorisé, oubli que parfois influences et arrangements à la petite semaine peuvent aussi aider à être sponsoriser

– l’arrogant, qui de part ses résultats, pense que cela lui donne le droit de « vie ou de mort », un droit de cuissage, ou un tout autre droits d’us et coutumes sur le bon déroulement d’un tournoi ainsi que tout ce qui gravite autour

La vie de journaliste poker n’est pas forcement quelque chose d’évident, nombre de gens pensent que nous passons notre vie à faire des photos, à « vider notre sac » de la frustration de ne pas pouvoir jouer au poker pendant que d’autres en profitent, à se balader d’hôtel en hôtel partageant entre collègues vodka, javas et nanas. Mais cette vision est erronée, et parfois, il serait bon de rappeler à certains vainqueurs chanceux, à certains individus titrés de je ne sais quelle breloque, que les titres ne font pas les seigneurs et que la grandeur se trouve bien au delà de lignes hendon mob.

J’ai eu l’occasion durant quelques minutes de parler avec un « sage » du poker, qui sait comme le métier de journaliste peut être ingrat, comme quand il le dit si bien « nous restons des heures à piétiner, à attendre et à suivre les tournois sans jamais se plaindre », c’est le grand Pierre Neuville, joueur pro Poker Stars Belgique. Beaucoup trop de joueurs selon lui ne se rendent pas compte qu’ils n’ont pas le niveau ou que leurs gains ponctuels, trop souvent faits de hasard, les conduiront dans le mur si ils n’ouvrent pas les yeux.

En clair n’oublions jamais que la variance existe, ne tombons pas amoureux de titres WSOP, de victoires WPT ou d’ITM, qui pour un grand nombre, ne dépasseront jamais la postérité. Van Gogh était un génie, Einstein était un visionnaire, Maria Callas une voix à jamais dans la légende de l’opéra…mais des jetons et des cartes…ça ne se glorifie pas…