Tapis dans l’ombre…

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Mrik et Antoine Lafond

Tapis dans l’ombre, pour mettre les joueurs en lumière, l’interview des reporters-poker: Aymeric Gosciniak (anciennement Wam Poker, Winamax, Poker Leaders)

« Le milieu professionnel me dégoûte… » Les mots sont durs, chargés de rancoeur, un éclairage intéressant et sans concession.

 

Peux-tu te présenter en quelques lignes (cursus pour arriver à ce poste, expériences dans le poker, emploi actuel…) ?

J’ai bientôt 26 ans, j’ai un BTS Audiovisuel, Licence d’Arts Cinématographiques et un Master Sciences de l’Education mais je me suis retrouvé dans le milieu du poker car j’étais modérateur bénévole sur Wam-Poker pendant de nombreuses années et la direction de Winamax m’a contacté en 2010 pour devenir Community Manager de la room une fois la loi sur les jeux en ligne et la mise en place de l’ARJEL sur le sol français effectués. J’ai bossé une année pour Winamax puis fais de nombreuses piges pour différents sites (Unibet, Partouche entre autres) et grâce à la rencontre d’Antoine Lafond lors du Partouche Poker Tour à Cannes en 2010 j’ai pu signer pour Poker Leaders qui malheureusement a fermé ses portes en Août dernier. Je suis actuellement à la recherche d’un emploi.

 

Les voyages (Vegas, Cannes, Dublin, San Remo…), les hôtels de luxe, les virées nocturnes avec les joueurs, les Royal Flush Girls, être payer pour voir des tournois de poker… En gros, c’est le métier de rêve, non ?

Non pas trop, au début quand on raconte à nos proches, ça peut paraître un métier de rêve car il est vrai que nous voyageons souvent et nous sommes dans des villes superbes et toujours bien accueillis en général, mais il ne faut pas oublier «le reste». Nous sommes souvent seuls, dans un monde où le maître-mot est «l’argent». Nous sommes dans un milieux composé à 90% d’hommes, nous ne voyons pas notre famille, femme, amis, et nous avons des horaires de dingues (de 11h à 3/4h du matin dans le casino) sans aucune vue sur le soleil et nous n’avons quasiment jamais l’opportunité de visiter les villes. Et encore je ne vous parle pas des virées en boîtes quotidiennes de certains joueurs accompagnés d’escort girl tous les soirs et la drogue qui peut circuler. Donc non ce n’est pas un métier de rêve.

 

Es-tu toi-même joueur ? A quel niveau te situes-tu ?

Je suis joueur amateur et je n’ai aucunement envie de passer pro même si mon entourage «poker» et composé à 80% de joueurs dits professionnels. Et mon niveau est correct mais je ne me battrai jamais pour vivre de ça, je n’en ai pas la patience. Je suis vice-président de club et je préfère de loin l’atmosphère des parties sans enjeu pour des «points» avec classement dans ma région aux tournois internationaux.

 

Le fait de côtoyer les meilleurs joueurs et de relater des milliers de moves te permet-il de progresser dans ton jeu ?

Oui forcément, on comprend mieux leur stratégie, le métagame, leur pattern à force d’observer les tables et de noter leurs coups. Mais d’un point de vue personnel, il est très difficile de mettre cela en place à mon niveau car jouant contre des amateurs éclairés à 95% du temps, ils n’ont pas la même logique et le thinking process des joueurs pros. Donc bon, je joue standard et peu importe le résultat en fait, je suis plus là pour passer du bon temps avec mes amis.

 

As-tu créé des liens particuliers avec certains joueurs/ses ?

Antoine Lafond, «le meilleur d’entre nous» pour reprendre l’expression, est un de mes meilleurs amis même s’il n’est pas joueur mais certainement le meilleur journaliste d’investigation du milieu.

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Je suis quelqu’un de très ouvert et je sais me rapprocher des gens «bons» :

Fabien Perrot, Lucille Cailly, Nicolas Dervaux, Quentin Lecomte, Thibavol, Guillaume Darcourt, Philippe Ktorza, Adrien Allain, Paul Guichard, Ludo Lacay, Marc Bariller, Marc Inizan, Davidi Kitai, Valentin Messina, Kool Shen, Gloub et Roroflush évidemment et j’en oublie encore plein. De même j’ai de très bonnes relations avec les patrons des rooms que ce soit mes anciens patrons de Winamax, Olivier Douce de Poker Leaders ou encore Alexis Laipsker chez PS ou Alexandre Dreyfus, grand manitou devant l’éternel !

 

Quel est ton meilleur souvenir pokéristique en tant joueur ?

Je n’ai pas joué beaucoup de tournois à buy-in supérieurs à 500€ donc ma seule ligne Hendon Mob a été un souvenir marquant. Je me retrouve à la bulle du France Poker Tour à 1000€ avec un jeton de 5000 devant moi (blindes 2000/4000), j’ai eu un walk sur ma grosse blinde et la bulle a éclaté dans le même temps. Je termine la journée à 42k et terminera l’aventure avec un buy-in doublé. Grand moment de frissons.

 

Et en tant que journaliste ?

Certainement l’EPT Gran Final à Monte-Carlo en 2012 pour plusieurs raisons :

– J’ai pu assister à un petit «SNG multitables entre amis» de 36 joueurs avec notamment une table Jungleman, Hansen, Hellmuth, Ivey, Elky, Trickett, Isildur si je me souviens bien juste pour parler de ceux-là, avec un buy-in de… 100 000€. Le plus gros tournoi auquel j’ai pu assister jusqu’aujoud’hui. C’était irréel tellement l’ambiance était décontractée, il n’y avait quasiment personne dans la salle à part Antoine et moi-même et nous pouvions discuter avec eux comme s’ils jouaient un freeroll. Magique.

– Deuxièmement, la table finale de Lucille Cailly, qui a été un grand moment d’excitation pour le clan français avec Thibavol qui nous a trouvé des perruques à 9h du matin dans Monaco (faut le faire quand même !) pour faire la surprise à Lucille ! Le moment du deal était énorme à vivre en live (vu sur le streaming pour ceux qui s’en rappellent) et puis l’ambiance tout simplement… Encore magique !

Mrik ept Lucille Cailly

Des sites et des magazines mettent la clé sous la porte, des joueurs sont soumis à des contrôles fiscaux, des tournois importants perdent en affluence… Le beau château de cartes du poker ne serait-il pas en train de s’effondrer ?

Avec la dernière affaire en cours (Suspicion de triche au PPT 2009), cela ne fait qu’enfoncer le poker encore plus bas qu’il ne l’est aujourd’hui. Personnellement depuis l’arrêt de Poker Leaders j’ai perdu foi en le Poker professionnel. C’est pour ça qu’aujourd’hui mes recherches d’emploi ne se font plus sur ce milieu qui est pour moi trop «pourri» dans tous les sens du termes par des gens égoïstes, manipulateurs, mensongers et tricheurs. Cela ne me ressemble pas et je n’ai pas envie d’être associé à cette image. Je ne parle même pas des casinos qui ne font rien pour que ça s’arrange (collusion entre regs, triches avec croupiers), bref l’écoeurement total. Le seul point d’appui que je trouve est au Multicolore à Reims, du poker familial comme je l’aime avec des gens sympas. Ceci dit, la meilleure image du poker qu’on trouve aujourd’hui reste la convivialité des amateurs dans les associations.

 

Comment voyez-vous votre avenir dans le poker (et/ou autres) ?

Le milieu du poker professionnel m’a juste apporté un ami, Antoine Lafond, le reste je ne retiens rien à part la possibilité d’avoir voyagé et vu de mes propres yeux des tournois internationaux. Je me vois toujours en tant qu’amateur au sein de mon association. Le reste, je m’en fiche, qu’ils se démerdent avec leur contrôle fiscal, ça leur apprendra à jouer les égoïstes depuis belle lurette, ils auraient dû y penser avant. Maintenant qu’ils sont tous dans la merde, il y a un faux-semblant de «solidarité». Cette «solidarité» a été faussement créée car ils sont tous dans la même merde… Au fond, c’est toujours de l’égoïsme et ça me fait rire. Ils n’ont jamais travaillé de leur vie pour la plupart et n’ont aucune notion de l’argent. Continuez à faire vos bets à coups de 100€ sur la couleur au flop… Vous auriez mieux fait de les garder pour le FISC…

 

Depuis la fin de Poker Leaders, tu es sans emploi. Dans le dernier billet de ton blog (Les pigeons se cachent pour mourir : http://therealgame.overblog.com/les-pigeons-se-cachent-pour-mourir[1]  ), tu dépeins un tableau pas très glorieux du poker. Pourquoi ce coup de gueule ?

Parce que le milieu professionnel me dégoûte. Un joueur connu du milieu me doit de l’argent et ceci n’est qu’1% du fait pourquoi ce milieu est un repère de vautours et de gens indésirables. Seuls 20% des gens du milieux sont des gens honnêtes, surtout les floors, croupiers et quelques dirigeants. Les joueurs n’en parlons même pas, les seuls pour qui j’ai de l’affect sont ceux cités plus haut même si j’en ai oubliés quelques uns. Mais sur un millier de personnes rencontrées environ, ça fait peu…

Alors je n’ai aucunement envie de remettre les pieds dans ce milieu pro qui n’a plus aucun avenir puisque toutes les sociétés et joueurs seront ruinés d’ici peu…