Kris Pereira : L’aigle qui chasse les « pigeons » !

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IMG_8036_resizedDe Tanger à Londres, d’Angleterre à Las Vegas, j’ai pu partager la vie au quotidien de cet ancien tennisman devenu aujourd’hui joueur de poker. Souvent décrié, pointé du doigt ou « mis au bûcher », j’ai rarement connu dans ce milieu quelqu’un d’aussi droit et franc, d’aussi vrai et sincère, dans un milieu où les « langues de putes » peuvent se compter par milliers. Certains trouveront que je fais sa « publicité » ou que je défends l’indéfendable ? Il vaut mieux côtoyer le diable que de se transformer en Judas…mesdames et messieurs découvrons un peu mieux Kris Pereira : L’aigle qui chasse les « pigeons » !

 

 

 

 

Poker PostKris, tu prends un peu de repos actuellement à l’autre bout du monde. Evasion ? Concentration ? 

Kris Pereira : J’avais besoin de souffler après Vegas et ces WSOP, période difficile, et endroit dans lequel si tu ne fais pas un score, l’addition devient très vite salée. Mais bon, on a bien rigolé là-bas, un peu moins aux tables, mais l’essentiel est que la petite famille a bien profité et j’ai passé des bons moments avec la famille : Zeitoun et Stéphane « Mon bichon » Benadiba. On a fait quelques tournois épiques au Binions, en se demandant à quelle sauce on allait être « bad-beaté », nous étions totalement black durant cette période estivale.

Le poker est ainsi fait, de cycles ! Il faut savoir faire le dos rond, laisser passer l’orage, la tempête ou voire même la saison. Ça ne sert à rien de forcer ou de se remette en question tout le temps, le bad run existe. Quoi de mieux que de revenir sur les terres de ses exploits pour engranger de la confiance, j’ai donc décidé de me poser un moment à l’Ile Maurice où j’ai côtoyé ma première TF d’un WPTNS, Maurice où je suis également quasiment à 100% d’ITM sur 7 events joués dans cette belle île. Certains penseront injustement qu’ici le niveau est plus facile, ils ont tenté de gagner ici mais ce sont « cassé les dents ». Certains ont vu en Maurice un Eldorado, mais attention au retour de bâton ! Difficile de jouer dans un pays où « un sous est un sous », et croyez-moi, les mauriciens ne lâchent pas facilement leur argent au poker. Alors oui on peut te faire une livraison, mais parfois ton adversaire va chercher une ventrale magique et tu termines KO, sans avoir vu le coup venir. Ici l’overbet et la ventrale sont les passions principales des joueurs locaux, sans parler du tirage couleur où tout part au flop, on appelle ça le projet ou le boulevard ici. Tu as l’impression de marcher  sur des œufs. Venir ici me permet de reprendre confiance et d’imposer mon jeu après une période estivale difficile.

Poker Post : Tu souffles aujourd’hui tes 38 bougies, une vie faite de défis et de combats ?

Kris Pereira : Ba la vie est ainsi faite, sinon elle devient vite monotone. Quand tu as choisi d’être joueur de poker, tu n’auras pas la vie du postier du coin, réglée comme « du papier à musique ». Tout ce que j’ai dans ma vie, je me suis tapé pour l’avoir (comme on dit chez moi je suis originaire de la banlieue nord de Paris), c’est une très bonne école la banlieue. On te donne une pelle, une pioche, un casque et on te dit : « tu fermes ta gueule et tu creuses ». Quand tu sors d’où je viens, tu t’adaptes à tout, partout, nous sommes des sortes de caméléons, on se fond dans la masse. Malheureusement on l’ouvre un peu trop, c’est ce qui parfois me cause des tords, mais on ne va pas se refaire à bientôt 40 ans.

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Poker Post : Tu as toujours avancé dans le poker tel un guerrier solitaire. Que penses-tu du sponsoring dans ce sport ? Et des joueurs sponsorisés ?

Kris Pereira : Le sponsoring c’est comme le poker c’est un ascenseur émotionnel, un jour tu vois Harry Loria sponso, tu trouves ça sympa, parce que le mec est cool, et le lendemain tu apprends que cette même room recrute MigeotMigeon ou je ne sais quoi. Comment peux-tu recruter un mec qui a le cœur sur la main, une belle gueule, un charisme ; et un autre qui pue le falche (le faux dans mon jargon) ? C’est comme mettre dans le même sac une colombe et un serpent, ou plutôt tu voyages avec un sac Vuitton acheté sur les champs pour y mettre des tee-shirts Chanel et Dolce Gabbana Made in Thaïlande y a un os (sourire interrogateur). Des fois tu te demandes sur quoi se basent les sponsors, tu te dis « mais ils ne sont pas vraiment au courant des histoires du monde pokeristique ou quoi »… ? Ça doit être mon côté sportif qui ressort, où seulement les bons sont sponsos. Dans le sport où la compétition le résultat c’est l’essentiel, il n’y a pas de place pour les seconds couteaux ou les usurpateurs, ils se reconnaîtront !

Dans le sport où la compétition le résultat c’est l’essentiel, il n’y a pas de place pour les seconds couteaux ou les usurpateurs, ils se reconnaîtront !

Poker Post : Tu as toujours une vision acerbe et précise, un pavé dans la marre ? Que penses-tu vraiment de ce milieu trop souvent fait de faux semblants ?

Kris Pereira : Tu as entendu parler du fait que j’ai gagné un titre à Maurice en France ? Heureusement que tu étais là pour en parler, tu veux peut être, être un peu trop professionnel dans un milieu où le copinage prime Fab, non ?

Poker Post : J’ai une pensée émue pour un ami, qui depuis plusieurs mois souffre dans l’ombre. Tu voulais lui rendre hommage : Jean-Paul Pasqualini

Kris Pereira : Jean-Paul est un ami avant d’être un joueur de poker. A l’époque il me « tapait sur les doigts » et me disait « sois plus cool avec les joueurs, tu vas te faire des ennemis, tu ne trouveras jamais de sponsor… ». Je lui disais « Jean-Paul, tu sais les aigles ne volent pas avec les pigeons ».

Son souci ? Il a fait trop de copinage avec des gens à qui il a fait confiance, alors qu’en temps normal il ne se serait jamais attardé avec ce type d’individus. Je lui disais « Jean-Paul méfie-toi, tout le monde te « lèche » parce que tu as gagné le PPT, tu peux mettre du parfum sur la merde, tôt ou tard ça sentira de nouveau la merde ! ». J’espère qu’il fera son retour bientôt, et qu’il sera bestial et sans pitié.

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Poker Post : Il existe encore des défis à la hauteur de l’exigence de perfection de Kris Pereira ?

Kris Pereira : Je n’ai plus rien à prouver ou à me prouver dans le poker. Certes il me manque un gros titre, mais quand ça fait 5 ans que tu joues et que tu es toujours présent dans ce milieu, sans sponsor, et que tu vis de ça, c’est que tu sais tenir les cartes (http://pokerdb.thehendonmob.com/player.php?a=r&n=30275).

J’ai un message à faire clairement passer : les champions de France…on connait la musique… fais 300 tournois par an et tu auras un titre que tu as payé plutôt que mérité. Parce que quand tu fais les comptes, pas sûr que tu sois positif. Par contre viens me défier sur 10 tournois dans la saison à travers la planète, et là on verra qui appel l’autre MONSIEUR !

Ça me fait plaisir de t’accorder cette interview, comme on dit tant que l’on parle de toi, c’est que tu n’es pas mort. Un dernier mot, arrêtons les bonnes chances, désolé…autour d’une table. Tout ça c’est hypocrite. On est autour d’une table pour se tordre et que le meilleur ou parfois le plus chanceux gagne. Bonne partie à tous, et clin d’œil à Moundir qui est un ami d’enfance : Les jaloux n’ont pas fini de maigrir !

Par contre viens me défier sur 10 tournois dans la saison à travers la planète, et là on verra qui appelle l’autre MONSIEUR !

 

Interview réalisée par Fabien Richard pour Poker Post