Las Vegas n’est pas un paradis…

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Je suis aujourd’hui de retour en Europe après un mois de présence dans la ville de tous les excès, cette ville sans limite : Las Vegas n’est pas un paradis…

Des milliers de pas dans le RIO Casino, des mots par milliers sur des morceaux de papier, 46 events à suivre les plus grands joueurs du monde ou les plus « rasés », 46 events et plusieurs centaines de photos plus tard, j’ai fait une constatation qui pourrait vous paraître étrange ou incongrue, mais Las Vegas n’est pas le paradis du joueur mais tout son contraire.

Les « chèvres » se transforment parfois en dragons, comme si le fait d’avoir des ailes et de cracher du feu faisait d’eux des « monstres mythologiques », les joueurs deviennent plus égoïstes que jamais, cramponnés à leurs espoirs et leurs dollars bloqués par une pince à billet en argent fabriquée en Chine, ils enchaînent les events dans un rythme effréné sans jamais regarder ce qui finalement se passe autour d’eux, sans savoir si le monde continue d’avancer, car pendant plusieurs semaines, tout se stop sans raison réelle, que celle de kiffer et de faire kiffer, des Cocos par milliers qui pensent « qu’ils volent !!!!!! ».

 

J’ai bien évidemment fait des rencontres formidables, humainement exceptionnelles mais bien souvent là où vous ne vous s’y attendriez pas, dans un bus, dans la rue, devant un smoothie frais, au coin d’un couloir du RIO, mais souvent pas auprès de gens pour qui l’argent n’a plus de couleur, d’odeur ou de sens.


unnamed (11)  Olivier Ballys est de ces rencontres que Vegas rend sublime, de ces « mecs » qui font que la vie soit un peu plus balla au pays des ballas, qui font qu’une boite de Nuggets à 03h00 du matin n’est pas le même goût qu’un morceau de poulet pané à Paris en pleine journée. C’est l’histoire d’un « frenchie » Made in Nevada qui a encore le sens du mot amitié, partage et sacrifice dans ce monde « d’extra-terrestres » pour qui dépenser 100K€/semaine est aussi logique que de se prendre un café le matin pour se donner la forme. Du RIO au Cesar Palace, de Mc Do au « Colosseum », il fut rassurant de se dire que nous étions deux au pays des « terre à terre », dans la constellation des « inconscients ».

Car oui quoi qu’on en pense Vegas rend bien l’Homme inconscient, il ne pense plus, ne réfléchit plus comme un humain normal et fait la course aux lignes, aux titres, aux dollars, comme ci il en fallait toujours plus à un homme pour subsister ou vivre, comme si chaque matin le prix du café passait de 2$ à un million, comme si chaque fruit se transformait en un morceau d’or inestimable qu’il faudrait posséder.

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C’est pourtant bien un matin que j’ai refait le monde dans un bus du strip avec ce sans domicile fixe, qui rêvait en regardant mon accréditation WSOP pendante autour de mon cou, comme si je possédais le sésame d’un monde fantastique, la clé du paradis pour ceux qui rêvent de poker, pour ceux qui ne peuvent même pas mettre un dollar dans une machine qui leur ferait peut être gagner plus d’argent qu’ils n’en ont pour manger pendant une semaine. Il vivait dans la rue, il parlait à tout le monde dans ce bus rempli de voyageurs, et il me captivait car il parlait vrai, sans fioritures, sans faux semblants ou fausses promesses. Nous avons parlé de mon travail, de mes journées marathon et il pensait que ça ne devait pas être facile de rester là des heures à regarder des « mecs » comme il le disait, empiler des jetons qu’ils pourraient transformer en millions. Lui il aurait juste aimé transformer des centimes en « gueuleton ».

Après ce bref passage en bus qui pourrait paraître une éternité parfois, tant les matins ne se ressemblaient pas dans le DEUCE, coincé parfois dans les « bouchons » de Sin City », les autres jours me parurent bien différents, d’un petit déjeuner au Bellagio aux couloirs du RIO, j’avais l’impression étrange d’être dans une sorte de « lévitation » continuelle où plus rien ne me semblait logique, où voir un joueur buy-in 10.000$ me semblait comme incongru, tant le « mec » du bus rêvait juste d’une poignée de dollars pour se vêtir et se nourrir.

Coverages, photos, vidéos, après quelques jours tout vous semble comme machinal, automatique, fantomatique, vous fatiguez plus qu’à l’habitude, votre esprit est davantage atteint par les erreurs que vous pouvez commettre ou les critiques que vous pouvez essuyer, et pourtant vous prenez encore un plaisir fou comme avec la victoire de Pierre Milan ou les perfs de Gabriel Nassif, vous vous dites qu’il reste un peu d’essence au fond du réservoir pour faire encore un petit « run » et quelques bons vieux « wheelings » (sourire).

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Oui il existe encore des moments de plaisir dans ce métier, des moments de partage à regarder des belges se mettre « des caisses » à coup de dizaines de « bonnes bières » américaines, d’écouter Aubin Cazals devenir complètement fou en parlant directement aux autres joueurs d’une TF directement du public à grands coups « le vieux t’est fini, arrêtes toi là », des instants à regarder Gabriel Nassif mordiller le bout de ficelle de sa veste en se demandant si il va enfin arriver au bout de ses rêves, à regarder Davidi Kitai « empiler » les trophées comme j’empilais les morceaux de papier au fond de mon sac.

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Car oui en cette année 2014, j’ai empilé les papiers au fond de mon sac, les photos au fonde de dossiers informatiques, j’ai parlé à des milliers de joueurs, des millions de « bonjour », des « une » bise aux Belges, des « nous c’est trois dans notre région » aux Français, des heures à regarder les cheveux de Gathy, fils de Dalida et de Chucky, des rigolades avec Faraz Jaka, des instants d’amitié avec mon « frérot » Olivier Morelato, des morceaux de vie de joueurs avec mon  « Mich » ou mon « Phil » roi du cabana, quelques instants avec coach Perrot à refaire le monde ou avec coach Vandeborne à like le football, l’aventure folle de Poo6net tel un poussin perdu sur une planète inconnue, je garde de ce Vegas comme un goût doux amer, sucré salé version USA, qui fait qu’en 2015, je serai toujours aussi dingue de revenir là, mais je ne pourrai pas m’en empêcher, j’aime trop le « pêché »…