David Borrat, ce joueur caché derrière « Poker Edge »

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Puisque finalement derrière chaque joueur se cache un peu de mystère et de « secrets », découvrons l’auteur de « Poker Edge », David Borrat

1 – Le 12 juin 2014, tu termines 6e du $ 5,000 No Limit Hold’em – Six Handed (Event #24) des WSOP alors que personne ne s’y attendait ou ne te connaissait vraiment. Une surprise pour toi ? Le résultat d’un travail de longue haleine dans l’ombre du online ?

Le fait d’aller à Vegas ce fameux été fut déjà une surprise, car ne suis pas un joueur de live et n’avais pas prévu ce trip. J’ai eu la chance de gagner un package en remportant le GP Winamax au mois de mars de la même année, ce qui m’a « forcé » la main.

Un travail de longue haleine ? Je pense pouvoir te dire « oui ». Je joue au poker en ligne depuis plus de 10 ans, en tant qu’amateur, certes, mais j’ai quelques brelans au compteur. Ce résultat est tout de même une bonne surprise, car même avec la meilleure des préparations, partir en freeroll sur le plus gros set de tournois live au monde pour participer à un seul event et atteindre une table finale sur un field comme celui-ci, je signe tous les jours évidemment. Pour résumer mon état d’esprit au départ, je n’étais sûr de rien. Car aucun joueur ne peut prétendre être capable de gagner un tournoi donné, ni même de faire un beau résultat le jour J. Mais j’avais la volonté de ne pas gâcher cette chance. Tout ce que je peux dire, c’est que j’étais prêt.

Ma façon de me préparer ? 2 mois sans toucher les cartes pour être vierge dans ma tête, quelques lectures, la visualisation de la victoire et un plan qui se résume ainsi : l’adaptation. J’ai pris les coups les uns après les autres pour ne pas rater une miette qui puisse s’ajouter à mon stack le moment venu. Globalement c’est un good run mais je n’ai malheureusement pas pu écrire de meilleure fin à ce court séjour, faute de réussite en table finale. J’ai dû rentrer en France dans la foulée, mais bien sûr très satisfait de cette escapade.

2 – Finalement tu n’es pas un inconnu du tout dans le monde du poker ou tout du moins certains n’avaient pas fait attention avec le livre  » Poker Edge », ils te connaissaient sans le savoir. Qui est donc finalement le mystérieux David Borrat ?

Je ne suis pas certain d’être le mieux placé pour parler de ce type… Mais je pense qu’on a affaire un à sick fuckin bon vivant. J’habite à Toulon, dans un petit quartier qui s’appelle le Mourillon, où il fait bon vivre et écumer les bars. C’est peut-être les bonnes ondes du stade Mayol, mais le terreau n’est pas mauvais pour le poker également (Sylvain Loosli, mais également Clément Giraudo, Jérémy Breux… et d’autres que vous ne connaissez pas encore). Dédicace ! Poker Edge, c’est une parenthèse, un essai, une envie de partager avec mon « ton » à moi quelques trucs qui ont fonctionné pour moi, ou pour ceux que j’ai eu l’occasion d’accompagner dans leur progression. Sinon, je suis un Ingénieur random qui fait des logiciels pour l’industrie navale militaire. Mais si j’en dis plus il faudra que je te tue (sauf si tu me stack un Rhino).

 

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3 – Quel est ton quotidien de joueur de poker ?

Mon quotidien, ce n’est justement pas le poker. Bien que le poker m’accompagne en permanence, que je lis poker et discute le coup pratiquement tous les jours, j’ai d’autres activités. Le poker en ligne (comme en live) est chronophage, frustrant (tiltant parfois) et usant. A une époque je grindais des Sit&Go tous les jours, parfois plus de 12 heures non-stop. Et je crois avoir survécu à plusieurs overdoses. En m’intéressant de plus près aux tournois et avec le temps, j’ai découvert ce qui fonctionnait le mieux pour moi : le « jouer moins, jouer mieux ». Faute de temps libre également, je me cantonne à quelques périodes de poker intensif par an, sur des périodes d’une semaine ou plusieurs semaines (trop rare). Le reste du temps, je fais autre chose ou lance une session lorsque j’en ai l’envie, mais je ne le fais plus pour tuer le temps ou courir après un rendement horaire. Et puis jouer moins me va bien, car à chaque « reprise », il me faut un temps d’adaptation de quelques sessions mais cela compense mon côté spew lorsque je me lasse ou que ma BR est pleine. J’essaye donc de jouer mieux, tout en jouant moins. C’est pourtant clair ?!

4 – En dehors de ce jeu, as-tu d’autres passions ? Un jardin secret ? Ta seule activité est-elle uniquement de cliquer sur une souris de façon frénétique (sourire) ?

Alors là on va se calmer tout de suite, je préfère être clair, mon jardin secret est impénétrable Monsieur Richard (sourire) ! J’ai cependant des passions, et même de sacrées passions de beauf. Quelques-unes tournent évidemment autour d’une souris et de code source, mais j’aime bien aussi :

• La pêche à la truite (« et oui mec keskia ! »).

• Comme ça vite fait en passant : la boxe française, la plongée en apnée, le futsal… Mais je n’use pas trop la carte Décathlon ces derniers temps.

• En détente : le ciné, la lecture, l’écriture, bricoler, les voyages, les amis…

• L’apéro (« surement minot ! »)

• Les bonnes tables

• Le digeo !

 

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5 – Perfer aux WSOP, cela t’a-t-il donné envie de jouer davantage de live pour atteindre à nouveau les « sommets », et pourquoi pas, un jour, gagner un bracelet ?

Davantage de live, c’est un grand oui. Je prendrais peut-être une année sabbatique pour me consacrer un jour au live et pourquoi pas aller chercher un « one time », mais sinon, je vais tenter de garder mon rythme et toujours devenir plus performant, plus souvent. Sans sponsor, le live est un gros investissement. Que ce soit de temps ou d’argent (frais, déplacements, temps mort, récupération). J’ai une vie de famille et trop de responsabilités et de charges pour pouvoir assumer sans risque et sur une période suffisamment confortable. En ligne, tu payes juste tes buy-ins et peut avoir des résultats à l’échelle d’une semaine ou d’un mois sans problème. La différence est juste qu’un bon gros live peut être l’accélérateur d’une vie. Un tournoi online, à peine un accélérateur de cirrhose…

Mais je pense que le poker online reste une excellente école, exigeante. Les jeunes joueurs online sont besogneux, méritants, techniques, vifs, créatifs, et il y a en France beaucoup de pépites prêtes à briller. Tirer son épingle du jeu est difficile, faire le circuit live et y être régulier l’est encore plus, et truster les bracelets est réservé aux meilleurs ou à ceux qui ont passé leur one time lorsque l’occasion s’est présentée. Le bracelet, je te mentirais si je disais que je n’y pense pas… Mais je pense tout vient à point à qui sait attendre et se donne les moyens d’atteindre ses objectifs. En attendant, mon vœu sera de jouer bien, que le poker perdure dans de bonnes (meilleures) conditions et y avoir quelques réussites…