Stéphane Dumoulin, poker, chips and rock and roll !

by


Pour les joueurs qui se rendent régulièrement pour jouer au poker à Bruxelles, ils ont l’occasion de le croiser autour des tables du Viage. Et pour ceux qui aiment le pays de la bière et des Leprechaun, le Monsieur se perd régulièrement du côté du Regency, Stéphane Dumoulin, floor, chips and rock and roll !

1 – Tu fais partie de la team qui gère les tournois au Casino Viage de Bruxelles, comment es-tu arrivé dans le monde du poker finalement ? Un hasard ? L’envie de travailler dans un secteur qui te passionnait ?

C’est un heureux hasard en fait. Je viens des jeux traditionnels et c’est une rencontre qui m’a amené vers ce milieu. En 2007, le poker était encore loin de sa popularité actuelle en Belgique, on en trouvait quelques tables au casino de Namur depuis peu, mais c’était tout. Cette année-là, un certain Toby Stone eu l’idée de monter un poker room au Casino de Bruxelles pour lequel il était à l’époque chef de parti. C’est lui qui m’a appris à dealer et j’ai eu l’occasion par après de faire quelques EPT pour lui à la grande époque Kremser en tant que croupier. J’ai tout de suite eu le virus et l’envie d’amener ce genre de compétitions à Bruxelles mais il n’y avait pas de volonté de la part de la direction. C’est surtout les grosses parties de cash game qu’on avait au casino de Bruxelles qui m’ont beaucoup appris, les plus petites tables qu’on avait en ce temps-là c’était des 5/10. C’est un environnement très formateur et une des réalités qu’on essaie parfois de se cacher de notre milieu. C’est un bagage que je garde et qui me donne le pragmatisme nécessaire et la vision de la réalité économique de l’organisation d’un tournoi de poker.

 

efafd61c-f94e-42bf-8e91-238ba0bf1013

 

Ma carrière de directeur de tournoi se résume à énormément de chance dans mes rencontres. Je la dois évidemment à l’arrivé du WPT à Bruxelles et aux personnalités avec qui j’ai eu l’occasion de travailler comme Christian Scalzi, Raffaele de Nicola, Gerard Serra , mais aussi à des gens plus anonyme dans le milieu comme Danielle Paynter. On ne peut pas vraiment dire qu’on en arrive là par hasard, mais ce serait mentir de dire que c’était mon plan au départ maintenant je ne regrette absolument rien.

2 – J’ai eu l’occasion à travers mes voyages poker, en tant que joueur mais aussi en tant que journaliste, de te rencontrer à travers l’Europe entière. Ce métier nécessite d’être extrêmement mobile ou alors tu as comme moi une âme de « gitan du poker » ?

C’est vraiment un choix personnel, j’ai vraiment du mal à me coller une étiquette. Je remercie d’ailleurs la direction du casino de Bruxelles dont je suis employé de me laisser tant de liberté dans ma carrière. J’ai en effet la chance de travailler comme freelance en plus de mon activité de directeur de tournoi à Viage. D’un point de vue développement, c’est très enrichissant de pouvoir se nourrir de toutes ses visions différentes du poker. Ça rend parfois un peu schizophrène de passer de l’EPT Barcelone au Winamax Shorthanded de Dublin puis au Caribbean Poker Tour. Je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui si je n’avais pas fait le choix du voyage.

C’est un milieu très compétitif et politique, où il faut savoir rester au-devant de l’affiche

D’un autre côté je suis attaché à mes racines. Le casino de Bruxelles j’y travaille depuis plus de dix ans, c’est un très beau projet plein de challenges et j’ai pour l’instant toutes les libertés dont je pourrais rêver. Tant que nos ambitions s’accordent je n’ai aucune raison de m’en détacher. Ces deux identités font de moi une sorte d’extra-terrestre dans le milieu, mais je pense que bénéficier de ses deux expériences différentes est un atout certain dans ce métier.

Évidement la conséquence c’est que je travaille plus que de raison, mais je n’ai pas envie de parler de revers de la médaille. C’est un milieu très compétitif et politique, où il faut savoir rester au-devant de l’affiche. La conclusion c’est qu’au final je fais ce que j’aime, et je vie d’une passion, donc il n’y a vraiment pas à se plaindre.

3 – En tant que floor ou directeur de tournois, si tu devais souligner un ou plusieurs faits qui freinent aujourd’hui le développement du poker dans la mise en place de grandes compétitions, quels seraient ces faits ?

C’est un très vaste débat. Le poker a quelque chose de très fédérateur et c’est un jeu qui fait rêver. S’y côtoient  des joueurs récréatifs, des flambeurs, des professionnels, des stars qui y font leur promotion, on y joue souvent, pas souvent, en ligne, en festival ou en casino… C’est une industrie qui a réussi à décomplexer et à même médiatiser le jeu d’argent. Le boom du poker a pris de cours la plupart des gouvernements qui n’ont pas réagi et n’ont pas pu prendre leur part du gâteau, mais c’est un flou artistique qui est en train de disparaître.

Même s’il est très sain pour notre business de promouvoir son aspect sportif et compétitif, la réalité fait que ce sera toujours un jeu d’argent. Je pense que le poker a atteint un pic dans ce qu’il nous a été permis de faire, mais l’étau se resserre doucement. Les gouvernements commencent à trouver des moyens de taxer les gains des joueurs, les libertés en ligne sont restreintes, les cercles de jeux ferment… Tout est lentement en train de se normaliser, dans nos pays du moins. C’est là que bien sûr sorte du jeu des destinations plus permissives, comme le Monténégro, la Slovénie et plus loin l’Asie, les Caraïbes…L’évasion fiscale touche aussi le poker, c’est une réalité.

Je ne cherche pas à dire que rien ne doit être contrôlé et que c’est l’état qui est responsable d’un déclin annoncé de l’industrie mais il y a un vrai travail d’image à faire, et surtout d’éducation des politiques à une réalité du 21eme siècle, où le jeu d’argent est du plus en plus décomplexé. Ce qu’il faut surtout, c’est que nos pays restent compétitifs afin que ces grands tournois ne s’expatrient pas tous. Les gens continueront à jouer au poker et on le sait bien, chaque fermeture de cercle booste le business des parties privées, ce n’est bon pour personne.

4 – Je t’ai demandé de me donner le ou les titres de plusieurs chansons que tu aimes dans la vie en général, et finalement c’est très rock comme influence avec en particulier « Black Velvet » (Alannah Myles) « Killing in the name » (Rage against the machine) « Wind of change » (The Scorpions). Finalement Stéphane Dumoulin serait un lover du rock ou plutôt un rockeur du love (sourire) ?

Toutes ces chansons sont des souvenirs mais c’est vrai que j’ai une influence très rock. J’avais 10 ans quand Kurt Cobain est mort mais j’étais déjà ultra fan, je portais un tee-shirt Nirvana quand j’ai appris la nouvelle. Le métier que je fais ça contribue à l’image rock de ma personnalité, et c’est vrai que quand j’en parle dans mon entourage, ça fait rêver, on a toujours plein d’anecdote qui commence par : « La semaine dernière à St Martin, on faisait le tour des bars pour monter la grosse partie, … ».

 

81e2e79e-5dc9-4ab6-bfbc-15d1b0fd6aa1

 

 

 

Malgré la vie de nomade et le boulot qui s’apparente parfois au train-train d’une rock star, je suis assez sobre et rangé dans le privé. Ceci dit j’ai pas mal de passions autre que le métier, je ne tiens pas bien en place et je touche un peu à tout. Je crois que je suis un paradoxe sur pattes.

5 – Si tu avais une ambition pour ton travail dans le futur ou un rêver particulier ?

Je me suis rapproché de TDA (Tournament Director Association) cet été à Vegas et je suis plus que jamais convaincu de l’utilité d’une uniformisation des règles et de la manière de gérer un tournoi. Mon ambition à court terme est d’organiser un sommet européen de l’association. C’est un vrai défi parce que c’est un organisme très américain. Sans y voir une critique je cherche juste à ce que l’Europe ait la représentation qu’elle mérite. De ce que j’ai pu constater, nous sommes beaucoup plus avant-gardiste que le poker américain, Vegas n’est plus la seule référence mondiale du poker. Je cherche à promouvoir les règles TDA et surtout une manière saine de les appliquer en gardant toujours en tête que c’est l’intégrité du jeu et le bon sens qui prime sans aller au détriment du divertissement.

Au niveau des objectifs, j’en ai deux en tête. Thomas Kremser m’a mis au défi de remporter le GPI Industry person of the year pour suivre la lignée de ses disciples Toby Stone et Gerard Serra, et j’ai bien l’intention de le mettre sur ma cheminé un jour ce trophée. En fait, ce serait surtout un honneur de pouvoir un jour être comparé à ces « deux là ». J’ai aussi parié une bouteille de vodka avec Hermance Blum que le WPTN Bruxelles remporterait un jour le Low Buy-in Tournament of the year, et Hermance c’est la patronne, y a pas de raison que ce soit moi qui les paye les bouteilles. J’aime bien les trophées, c’est mon péché mignon.

Sinon à plus long terme et plus sérieusement, j’ambitionne déjà de continuer à vivre de ma passion. C’est un métier ou on marche constamment sur des braises et dans lequel il faut savoir durer.