Philippe Ktorza, « Retour Vers Le Poker »

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Voici plusieurs mois que Philippe Ktorza n’est plus membre d’une team pro et qu’il n’est plus sponsorisé, nous souhaitions parler de la situation des équipes de poker sur le circuit et de sa vision du poker « d’aujourd’hui »

Fabien Richard : Voici plusieurs mois que tu n’es plus sponsorisé et qu’on te voit de ce fait un peu moins sur le circuit. Finalement tu te sens plus libre dans ta vie personnelle de ce fait ? Le poker ne te manque pas plus que ça apparemment ?

Philippe Ktorza : Il est évident que lorsque l’on est un joueur sponsorisé, le volume de jeu est plus important, participer aux tournois fait parti de ton contrat, aujourd’hui je suis libre de choisir de jouer ou pas, et de sélectionner les tournois auxquels j’ai envie de participer. Il faut aussi penser que lorsque l’on n’est plus sponsorisé, le circuit de tournois internationaux peut coûter une petite fortune, la gestion doit être rigoureuse et l’on se doit d’être vigilant afin de ne pas se brûler les ailes.

Je suis toujours passionné par ce jeu, mais on peut s’y intéresser de différentes manières en jouant, en regardant les compétitions ou comme moi en écrivant des articles sur ce monde que j’aime. Mon édito dans LivePoker est un article souvent lu et apprécié, vu le nombre de réactions positives que je reçois chaque semaine. En expliquant mon point de vue, cela est une manière différente mais toute aussi intéressante de contribuer au développement de ce jeu.

J’aimerai jouer plus de tournois évidement, mais il y a des priorités dans ma vie, ma famille que j’ ai délaissé durant longtemps pendant mon sponsoring (beaucoup d’absences), et les affaires qui sont pour moi une autre passion, des projets sont en cours et ils sont tous aussi excitants qu’une table finale d’EPT.

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Fabien Richard : Tu avais passé plusieurs années comme joueur sponsorisé sur le circuit et aujourd’hui les profils des membres des teams pros ont changé. Quelle vision as-tu sur les « nouvelles écuries » en place et la différence avec les « anciens » qui ne sont plus sur le circuit ?

Philippe Ktorza : C’est une autre ambiance, elle est peut être plus professionnelle. Parmi les joueurs sponsorisés à l’époque, beaucoup avaient une vie professionnelle à coté, une vie de famille. Aujourd’hui, les jeunes font du poker leur principale, voir unique activité, les volumes de jeu sont importants et laissent peu de place à une autre activité. Les rooms ont plus d’exigence sur les devoirs des joueurs sponsorisés : participation à des événements live ou online, articles, communication sur les réseaux sociaux, ces activités doivent être les facteurs majeurs de la présence d’un joueur sponsorisé dans une équipe. Les rooms ont des critères différents de sélection également, chez Winamax, l’image et la technique sont des critères importants, ils ne sélectionnent que des fins limiers, des joueurs de poker qui ont prouvé leurs aptitudes techniques. La durée des contrats prouve que tout est fait de manière très professionnelle , rien n’est laissé au hasard, et les résultats à haut niveau prouvent que c’est la bonne méthode.

Chez PMU, il y a une autre manière d’agir, depuis mon départ, la valse des joueurs sponsorisés a été la ligne de conduite. PMU préfère offrir à tous une chance d’être sélectionné, avec par exemple le choix récent de Sarah Herzali, malgré toutes ses qualités techniques, elle n’a pas été choisie que pour cette raison, il est étonnant de voir des changements aussi fréquents. Un Romain Paon aurait mérité de continuer l’aventure, apportant de la technique et une pointe d’humour qui fait du bien à ce milieu qui se prend trop souvent au sérieux. Le seul qui s’inscrit dans la continuité aujourd’hui, c’est Erwann, et ce n ‘est pas discutable au vue de son travail et de ses performances régulières sur le circuit, un vrai pro. Le reste de la team étant là jusqu’à la prochaine valse, le travail dans la continuité n’est pas la ligne de conduite de la nouvelle équipe dirigeante, chacun a ses raisons .

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Fabien Richard :  Avec du recul, prends-tu plus de plaisir à développer tes projets chaque jour ou à jouer au poker comme tu pouvais le faire avant ?

Philippe Ktorza : Évidement, le travail c’est aussi une partie de poker, lorsque l’on monte un projet, c’est aussi un nouveau challenge avec toujours le même objectif : aller chercher la gagne. Construire, établir une stratégie, séduire, croire en soi et en son projet, sont aussi des facteurs importants qui peuvent nous emmener au sommet. Tenter, oser, bluffer, prendre des risques, ceux sont dans les affaires comme au poker des armes que l’on utilise pour réussir. Je prends donc autant voir plus de plaisir à développer un projet. Jouer autant qu’avant demande des sacrifices tant au niveau familial, que professionnel, le poker vous prend tellement de temps qu’il empiète sur les vraies valeurs de la vie. Quand on est pris dans le tourbillon de ce jeu , il nous laisse peu de temps pour faire autre chose, la vie se cantonne à voyager, jouer, dormir dans une chambre d’hôtel et avoir des amis qui sont essentiellement des joueurs. Les autres ne comprennent pas toujours cette passion, et le temps nous manque pour expliquer le pourquoi du comment. Les valises toujours prêtes, le vie d’ un jouer de poker demande énormément de sacrifices.

Fabien Richard :  Il y aura-t-il un passage par Vegas cette année pour toi comme toutes les autres années ? Vegas c’est un peu comme un autre « chez toi » pour ta famille et toi ?

Philippe Ktorza : Vegas, comme beaucoup le savent déjà, c’est ma deuxième maison. Attiré par cette ville depuis de nombreuses années, avant même que je ne joue au poker, c’est un rendez-vous à ne pas manquer, d’une pour le poker et de deux pour cette ville que j’adore et où je me sens si bien. Je participerai aux WSOP à partir de la mi-juin pour un périple que j’attends chaque année tel un enfant attend les fêtes de Noël, c’est mon cadeau. J’ai la chance d’avoir une femme qui comme moi a une passion pour cette ville, il est donc évident que ma famille me rejoigne, je ne pourrai pas rester si longtemps éloigné des miens. Une fois la famille regroupée , je prends le temps de profiter des avantages que nous offre cette ville , restaurants, spectacles , évasion , soleil , c’est ce qui permet de tenir un long mois à Vegas.

Car encore une fois le poker peut vous prendre tout votre temps : se lever , petit déjeuner , direction le RIO , jouer, se coucher et recommencer. Je vois des joueurs telles des machines, enchaîner les tournois et revenir aussi blanc que le jour où ils sont arrivés, à croire qu’ils n’ont pas mis le nez dehors et à Vegas c’est vraiment dommage.